Anvers, le 3 juin 2026 – Le commerce illicite de cigarettes atteint des niveaux alarmants en Belgique. C’est ce que révèle le dernier rapport KPMG sur la consommation illicite de cigarettes en Europe. La Belgique figure aujourd’hui parmi les pays les plus touchés, avec une augmentation de 61 % des cigarettes issues de la contrefaçon et de la contrebande en 2025. Parmi les États membres de l’Union européenne, seule la France fait pire. « Il ne s’agit pas d’un hasard, mais bien d’un glissement structurel et d’une conséquence prévisible d’une politique symbolique qui met sous pression le marché légal et laisse le champ libre aux acteurs illégaux. Le résultat est pervers : les fumeurs ne disparaissent pas, ils se tournent simplement vers des circuits illégaux », déclare Chris Flamée, Illicit Trade Prevention Manager chez Philip Morris Benelux.
Du “Made in EU” vers le “Fake in EU”
Au niveau européen, la part des cigarettes illicites a dépassé les 10 % au cours de la dernière décennie. Cette hausse est particulièrement marquée dans certains marchés clés, notamment en Europe occidentale, où les prix des cigarettes légales sont plus élevés. Dans sept pays, la part de cigarettes illicites dépasse même 20 %.
La Belgique fait encore pire : 38 % des cigarettes consommées ne sont pas soumises aux accises belges. Cette proportion est en augmentation constante depuis quatre ans (de 12 % en 2021 à 38 % en 2025) et traduit une tendance structurelle : les fumeurs se tournent vers les marchés où les produits sont plus accessibles et moins chers. Le volume total de cigarettes sans timbre fiscal belge a atteint 3,17 milliards d’unités, soit une hausse de 34 % sur un an et un niveau record.
Explosion du marché illicite : +61 % de contrebande et contrefaçon en un an
La contrefaçon constitue un moteur majeur de la croissance du marché illicite en Europe, et la Belgique ne fait pas exception. Le volume de cigarettes de contrebande et de contrefaçon a atteint 2,1 milliards d’unités, soit 25 % de la consommation totale. Cela représente une augmentation de 61 % par rapport à 2024, et un volume 2,5 fois supérieur à celui de 2022. Les « illicit whites », des cigarettes légalement fabriquées à l’étranger mais destinées principalement au marché noir, représentent 27 % du volume total de cigarettes illicites.
La Belgique dominée par les flux en provenance de Bulgarie
Une évolution particulièrement frappante concerne le rôle de la Bulgarie dans l’approvisionnement du marché belge. Le flux de cigarettes en provenance de ce pays a atteint 1,18 milliard d’unités en 2025, et 55 % des cigarettes illicites consommées en Belgique proviennent désormais de Bulgarie. « Il ne s’agit plus de contrebande à petite échelle. Ces chiffres témoignent de routes d’approvisionnement structurées et organisées à l’échelle européenne, pilotées par des réseaux criminels qui génèrent des profits colossaux », souligne Chris Flamée. La Turquie reste également un pays source important.
Près d’un milliard d’euros de pertes fiscales
L’augmentation du marché illicite a des conséquences majeures pour les finances publiques. En 2025, l’État belge a perdu 963 millions d’euros de recettes fiscales, soit une hausse de 77 % par rapport à 2024. « Dans un contexte de tensions géopolitiques, de contraintes budgétaires et de négociations difficiles, ces recettes auraient pu contribuer au financement des soins de santé, de la défense, des infrastructures ou des services publics », explique Chris Flamée. « Aujourd’hui, ces montants énormes alimentent des réseaux criminels, qui deviennent toujours plus puissants et plus violents. »
Lien clair avec la politique d’accises
Les résultats du rapport KPMG montrent clairement que la progression du commerce illicite est fortement corrélée aux importantes hausses de taxes et à l’accumulation de mesures restrictives en Belgique. « Si l’objectif est de réduire le tabagisme, les chiffres montrent que la majorité des fumeurs ne cesse pas de fumer, mais se tourne vers des alternatives moins chères et plus accessibles en dehors du marché légal. Cette situation nuit doublement à la santé publique : les fumeurs ne sont pas accompagnés vers l’arrêt, et sont exposés à des produits issus du marché noir, sans contrôle de qualité ni vérification de l’âge », précise-t-il.
Appel à une approche plus équilibrée
« Les chiffres sont sans appel : les autorités ont perdu le contrôle de la situation. Le marché illicite des cigarettes s’emballe et la situation se dégrade année après année. La Belgique affiche désormais des performances plus de deux fois supérieures à la moyenne européenne, avec une hausse de 61 % en un an des cigarettes de contrebande et de contrefaçon.
Nous ne sommes plus face à un phénomène marginal, mais à un marché largement investi par des réseaux criminels internationaux. L’impact sur la santé, l’économie et la sécurité est considérable.
Il est temps de faire face à la réalité et d’adopter une approche coordonnée à l’échelle gouvernementale, qui s’attaque aux causes profondes du problème : sortir de la sur-réglementation et des mesures extrêmes, et privilégier une politique efficace qui aide réellement les fumeurs à arrêter tout en protégeant la société », conclut Chris Flamée.