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S'habituer, ne plus y prêter attention... Et pourtant ce « commerce » n’a rien de normal

 

Il y a quelques jours, j’étais à moto, en route pour un rendez-vous dans Paris, arrêté au feu rouge Boulevard Barbès. Devant moi, trois hommes postés sur le trottoir proposent des cigarettes à la sauvette, cartouches à la main. Rien de discret, pas d’inquiétude dans les gestes, aucun effort de dissimulation. Comme s’ils vendaient des journaux.

Pourtant, les produits qu’ils proposent sont des cigarettes illégales.

J’ai réalisé qu’il y avait un vrai risque à s’habituer à cette scène - au point de ne plus y prêter vraiment attention sur le moment, ce qui doit arriver à beaucoup de Parisiens, comme beaucoup de Français. Comme si ce trafic faisait désormais partie du décor.

Or ce « commerce » n’a rien de normal, et il n’est pas sans conséquences.

Xavier Puech

,

Président de Philip Morris France

En 2024, d’après les chiffres du gouvernement, près de 500 tonnes de tabac illicite ont été saisies par les Douanes françaises. L’équivalent de 329 millions de cigarettes, vendues hors du réseau légal des buralistes – soit à la sauvette au coin de la rue, soit en ligne sur les réseaux sociaux, soit encore dans des épiceries de quartier. Et donc de manière très accessible aux mineurs.

Et ce chiffre n’est que la partie visible, issue des saisies douanières. Le cabinet EY estime que près de 40 % du tabac consommé en France provient de circuits illicites… soit presque la moitié des cigarettes fumées dans notre pays. Demain, ce sera inexorablement le cas des alternatives à la cigarette : tabac chauffé, vape, sachets de nicotine qui rejoindront, aux côtés du cannabis et des cigarettes le monde très peu fermé des produits vendus clandestinement dans notre pays.

Ces trafics sont la conséquence directe d’approches fiscales qui rendent le produit légal inaccessible sans convaincre le fumeur d’arrêter la cigarette, et poussent donc celui-ci vers les marchés parallèles où les cigarettes sont bien moins chères… Ils sont aussi le fruit d’une communication paralysée, qui empêche d’informer correctement les fumeurs de l’existence d’alternatives moins nocives que la cigarette et les maintient dans le tabagisme conventionnel.

Symptomatiques d’une « France de la débrouille » incarnée par des consommateurs assommés de taxes, ces trafics alimentent une insécurité du quotidien. Ils affaiblissent les buralistes, souvent derniers commerces de proximité qui deviennent - selon leurs propres mots, « la solution de dépannage quand le trafiquant n’est pas à son poste ». Surtout ces trafics sapent toute avancée de santé publique en maintenant les fumeurs dans la cigarette de contrebande ou de contrefaçon.

Quand la loi, la pédagogie et la prévention ne sont pas au rendez-vous, c’est le trafic qui prend le relais.

Il est urgent de réagir. Le législateur, pour durcir les lois sur le trafic de tabac et corriger les effets pervers des politiques fiscales. Les entreprises, pour renforcer la transparence et la pédagogie auprès du public sur les nouveaux produits. Les fumeurs qui autrement n’arrêteraient pas de fumer, pour être mis en condition de choisir des solutions moins risquées pour leur santé.

La dérive est là : aujourd’hui, nous normalisons l’illégal. A quel moment nos décideurs publics prendront-ils la mesure du problème pour y apporter des réponses claires et efficaces ?

 

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